Voici la manière dont nous procédons pour réaliser l’âme de l’arc en bambou, la lame sur laquelle toutes les pièces viendront se coller par la suite.

Une première tentative a été effectuée avec un morceau de bambou de 6-7 cm de diamètre. Toutefois, l’épaisseur n’était pas aussi importante que l’arc de référence, ce faible diamètre empêchait de pouvoir plier correctement le bambou. La section était encore très arrondie sur 5cm de large et, en pliant, elle tendait à s’aplatir, ce qui créait une fente sur toute la longueur du bambou (il s’agit peut-être de la raison de la fente sur l’arc de référence). Il a donc fallu trouver un bambou plus large et épais.

Sur l’arc ancien, la partie extérieure du bambou est placée contre la corne (en suivant sa courbe naturelle), il s’agit aussi de la zone la plus dense du bambou c’est donc peut-être une autre raison de l’utiliser dans ce sens. Toutefois, nous verrons par la suite que la corne achetée est différente et il sera nécessaire de la travailler sur sa partie intérieure (plate contre le bambou).
Après réflexion, il semble donc plus simple d’utiliser le bambou dans le sens inverse de l’exemple ancien. L’âme de l’arc se situe dans une zone mécaniquement neutre (qui plie, mais où les forces de compression et de traction s’annulent), l’orientation semble donc négligeable.

11 bambo rondVoici le bambou acheté dans un grand magasin de jardin/décoration. Le bambou fait environ 3m de long pour un diamètre de 10-12 cm. L’épaisseur est d’environ 8-9 mm.
L’épaisseur et sa courbure naturelle semble correspondre au bambou de l’arc de référence. De même, sa section ressemble à celui que l’on peut voir sur la vidéo d’un facteur d’arc coréen

12 bambou fentePour diviser le bambou sur la longueur, nous tentons de le faire comme pour les autres bois (question d’habitude). Il est certainement possible de le scier à la machine, mais vu la facilité pour le fendre, c’est à déconseiller.
La solution de placer un burin de carreleur (plat et large) de chaque côté semble parfaitement fonctionner, il suffit de frapper dans le sens longitudinal de part et d’autre pour le fendre.

13 bambou fenduLe bambou est fendu en 2 puis l’un des morceaux et refendu sur une largeur de 6 cm pour faire l’âme de l’arc (en se laissant une marge de sécurité).

14 lames coupéesNous retirons les cloisons intérieures au ciseau à bois.
Puisque le matériau se fend facilement, nous tentons d’utiliser la plane pour travailler le bambou. Les bords sont retravaillés (car c’est coupant) et l’intérieur est aplati pour correspondre à la face de la corne.
La face extérieure du bambou est raclée à la plane pour retirer la surface brillante et couper les bosses des cloisons (à moitié réalisé sur la photo).

15 bambou poncéNous décidons de terminer le travail à la ponceuse électrique, car la plane suit les ondulations au niveau des cloisons et laisse donc toujours une bosse (difficulté pour coller correctement la corne). De plus, la surface extérieure reste toujours lisse et brillante, même raclée (risque peut-être que la colle n’accroche pas correctement)
C’est l’occasion de couper à la bonne mesure et de déterminer le centre du morceau de bambou pour le plier symétriquement.

16 chauffageNous plaçons le centre du bambou au-dessus d’une marmite d’eau bouillante. Un couvercle spécial a été réalisé pour permettre de placer le bambou tout en évitant de perdre trop de vapeur.
Selon notre expérience, la vapeur a un effet mitigé sur le bois habituellement ; en l’immergent dans l’eau bouillante, c’est plus efficace. Toutefois, la marmite n’est pas assez profonde pour que l’eau atteigne le centre du bambou.

17 poignéePendant que le bambou prend la vapeur, un morceau de bois dur (if) est rapidement travaillé à la plane pour servir de forme pour plier le bambou.

18 pliageLa lame est pressée contre la forme en if à l’aide de sert-joint pendant qu’elle est encore chaude.

19 bambou pliéLe lendemain, les sert-joints sont retirés. La lame de bambou a pris la forme (pas totalement). Espérons que la colle sera assez résistante pour maintenir le bambou en place malgré cela.
Il aurait fallu donner une courbe plus importante à la forme en if, car le bois revient toujours un peu vers sa position d’origine. Toutefois, l’idée était de récupérer le morceau d’if pour servir de surépaisseur à la poignée.

De plus, il semble que le bambou se plie naturellement plus volontiers dans l’autre sens, c’est donc peut-être une autre raison de placer la surface extérieure contre la corne : c’est plus simple à façonner.

 

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Texte, réalisation & photos : Fabien Houssin

CC BY-NC-SA 4.0